281 millions de personnes vivent dans un pays différent de celui où elles sont nées, soit 3,6% de la population mondiale.Face à ce phénomène global, les pays adoptent des approches très différentes. Quels sont les critères pour mesurer l'accueil ? Que nous apprennent les données ? Explorons les faits au-delà des discours.
Comment mesurer l'accueil des migrants ?
Avant de comparer les pays, il faut définir ce qu'on entend par "accueillant". Les chercheurs utilisent plusieurs indicateurs :
- Volume absolu: nombre total de migrants accueillis
- Proportion: pourcentage de la population née à l'étranger
- Flux annuels: nombre de nouveaux arrivants par an
- Taux d'acceptation: pourcentage de demandes d'asile acceptées
- Indicateurs d'intégration: emploi, éducation, citoyenneté
- Politiques légales: facilité d'obtention de visas, regroupement familial
Selon l'indicateur choisi, le classement varie considérablement.
Les chiffres bruts : qui accueille le plus ?
En volume absolu (2023)
D'après les données de l'ONU [1], les pays hébergeant le plus de migrants sont :
- États-Unis: 50,6 millions (15,3% de la population)
- Allemagne: 15,8 millions (18,8%)
- Arabie Saoudite: 13,5 millions (38,6%)
- Russie: 11,6 millions (8,0%)
- Royaume-Uni: 9,4 millions (13,8%)
- France: 8,5 millions (12,8%)
En proportion de la population
Les petits pays et États du Golfe dominent ce classement :
- Émirats Arabes Unis: 88,1%
- Qatar: 77,3%
- Koweït: 72,8%
- Monaco: 67,9%
- Luxembourg: 47,4%
- Suisse: 29,9%
Ces chiffres bruts ne disent cependant rien sur lesconditionsd'accueil.
L'accueil des réfugiés : une autre réalité
Selon le HCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés), 76% des réfugiés dans le monde sont accueillis par des pays à revenu faible ou intermédiaire [2].
Les principaux pays d'accueil de réfugiés (2023) :
- Turquie: 3,6 millions (principalement Syriens)
- Iran: 3,4 millions (principalement Afghans)
- Colombie: 2,5 millions (Vénézuéliens)
- Allemagne: 2,1 millions
- Pakistan: 1,7 million (Afghans)
- Ouganda: 1,5 million
« Les pays les plus pauvres portent une part disproportionnée de la responsabilité mondiale en matière d'accueil des réfugiés. » — HCR, Global Trends Report 2023 [2]
L'indice MIPEX : mesurer les politiques d'intégration
L'indice MIPEX (Migrant Integration Policy Index) évalue les politiques d'intégration de 56 pays selon 8 domaines : mobilité du marché du travail, regroupement familial, éducation, participation politique, résidence permanente, accès à la nationalité, anti-discrimination, et santé [3].
Le classement MIPEX 2020 (0 à 100) :
- Suède: 86/100
- Finlande: 85/100
- Portugal: 81/100
- Canada: 80/100
- Nouvelle-Zélande: 77/100
- Belgique: 69/100
- France: 56/100
- Moyenne OCDE: 50/100
Ce que mesure vraiment le MIPEX
Le MIPEX évalue lespolitiques légales, pas nécessairement leur application effective ni le ressenti des migrants. Un pays peut avoir d'excellentes lois mais une mise en œuvre déficiente.
Les études sur l'expérience des migrants
L'enquête Gallup "Migrant Acceptance Index" interroge directement les populations sur leur attitude envers les migrants [4]. En 2019 :
- Canada: 8,46/9 (le plus accueillant)
- Islande: 8,41/9
- Nouvelle-Zélande: 8,32/9
- Australie: 8,28/9
- États-Unis: 7,95/9
- France: 6,46/9
- Moyenne mondiale: 5,34/9
Le modèle canadien : souvent cité en exemple
Le Canada est régulièrement présenté comme un modèle d'immigration réussie. Quelques éléments factuels :
- 23% de la populationest née à l'étranger (parmi les plus hauts taux au monde pour un grand pays)
- Système de points pour l'immigration économique (compétences, langue, éducation)
- Programmes de parrainage privé des réfugiés
- Accès relativement rapide à la citoyenneté (3 ans de résidence)
- Le multiculturalisme est inscrit dans la Constitution depuis 1982
Cependant, des études pointent aussi des difficultés : déclassement professionnel des immigrants qualifiés, discrimination à l'embauche, inégalités selon l'origine [5].
Les pays nordiques : un modèle nuancé
La Suède a longtemps été considérée comme très accueillante. Les faits :
- Accueil massif lors de la crise de 2015 (163 000 demandeurs d'asile)
- Système de protection sociale généreux étendu aux migrants
- Mais depuis 2015, durcissement progressif des politiques
- Défis d'intégration documentés : ségrégation résidentielle, chômage plus élevé chez les personnes d'origine étrangère [6]
Ce que les chiffres ne disent pas
Les données quantitatives ont leurs limites :
- La diversité des migrants: expatriés, travailleurs temporaires, réfugiés, étudiants ont des expériences très différentes
- Le contexte historique: ancienne colonie vs nouveau pays d'immigration
- La géographie: pays frontalier vs isolé
- Les politiques locales: variations au sein d'un même pays
- L'informel: discriminations non mesurées, réseaux de solidarité
Pour former votre propre opinion
Face à un sujet aussi complexe, voici comment approfondir :
- Consultez les données primaires: ONU, OCDE, Eurostat publient des statistiques détaillées
- Croisez les sources: un seul indicateur ne suffit jamais
- Distinguez politiques et résultats: les intentions ne garantissent pas les effets
- Écoutez les témoignages: l'expérience vécue complète les chiffres
- Méfiez-vous des généralisations: chaque parcours migratoire est unique
La question "quel pays est le plus accueillant" n'a pas de réponse simple. Mais poser la question et chercher les faits est déjà un premier pas.
